Je rame, je rame, je rame…
J’arme mes doigts sur mon stylo
Mais rien ne coule sur le papier.
Il a perdu son âme, fait chier !
Oui, le ton est lancé !
(Non, pas le poisson !)
Je suis damné,
J’vais encore me ridiculiser…
Pourquoi j’m’y prends toujours au dernier moment ?
Comme si j’ne pouvais pas faire autrement !
Comme si une Guinness de 50 centilitres à 16 heure
Peut me sauver la mise en un quart d’heure.
L’alcool n’est pas une potion magique
Pour le pseudo poète que je suis ;
Ni pour mon mal de crâne.
Ce serait trop beau !
Donc en gros, là, c’est branle-bas de combat
Et panique à bord !
Pour la petite histoire, ces dix mots
Je les lis, les entends et les vois partout depuis des mois
Sans que cela ne crée chez moi quelconque émoi.
Ils ne m’inspirent pas.
Non, je mens, c’est plus tordu que ça.
Ces mots m’harcellent, me poursuivent, m’empêchent de dormir.
Chaque jour, je les récite à tue-tête sans le vouloir.
Sans rire mais ce n’est pas le pire.
Au moment de s’en servir,
Je l’ai déjà dit, je ne sais plus écrire.
De surcroît, sur les dix, dix mots oubliés.
C’était écrit !
J’appelle au secours, à l’aide,
Mais pas avec mon mobile, plus de batterie.
La technologie ne me soutiendra pas sur ce coup.
J’suis seul dans une brasserie déserte,
J’cours à ma perte.
Et pour couronner le tout,
Mon reconnu penchant à la maladresse
S’empresse de renverser ma bière adorée.
Je ne peux, je ne veux plus lutter.
J’éponge le liquide avec ma feuille de papier
Originellement destiné
A recevoir l’explosion de mes songes.
Pour en finir, j’dois vous confier que ma chope bien mal vidée
N’est pas la première.
Je reprends la route pour vous rejoindre au plus vite.
En tout cas, je tente.
Moi c’est l’éthylomètre que j’explose,
Sans pitié, sans fierté mais sans aucun doute.
Je peux lire en gros caractères sur le cadran
Que me tend monsieur l’agent
Que je vais devenir piéton pour un bon bout de temps.
Ce n’est pas marrant !
J’étais à l’arrêt, correctement garé, endormi sur le volant,
Quand le policier a cogné à ma fenêtre en vue de gâcher ma sieste.
Vous en conviendrez, c’est naturel de perdre son permis ainsi.
Mais pas grave, je m’en remettrai
Car la poésie me reste un merveilleux moyen de transport.
Ils ne savent même pas qui je suis…
Ils n’entendent pas en moi,
Ne soupçonnent pas mon esprit.
Ils ne voient que ce qu’ils voient
Et ils s’arrêtent à ça.
Ils ne croient que ce qu’ils voient
Et s’évertuent dans ce choix.
Je réfléchis la nuit pour trouver le répit à leur mépris.
Sous la lune je crie, j’écris,
Car le jour je suis pris pour endormi.
Je suis misérable, incapable,
Lamentable, détestable…
Je suis coupable de voir qu’ils se sentent seuls capables.
Ils n’ont pas compris
Que je suis prêt à leur résister,
Qu’ils ne peuvent me blesser.
Je les ai cernés, ils ont besoin de m’écraser
Pour se sentir exister, pour penser en imposer.
J’ai capté que l’acte seul de les affronter
Les amène à vaciller.
Je n’ai rien à cacher :
Je suis né d’une famille d’ouvrier,
Ni pauvre, ni riche, à moitié déchirée.
Pas d’excès de fierté,
Ils ne violeront pas ma dignité.
Qu’ils croient autant qu’ils veulent en leurs préjugés.
Me définir par mon métier c’est limiter mon identité.
Lettré j’ai usé le Littré en poète libéré.
Même si pour l’instant on m’prend
Pour un rappeur véhément.
J’bafoue les étiquettes du moment.
Je ne me mens pas,
Qu’on me classe avec ceux d’en bas,
Je ne me plains pas.
Je ne boirai pas la tasse noyé dans la masse.
Personne ne m’indiquera ma place
J’imposerai quelle sera la trace que je laisserai.
La trace de ce que j’pense, de ce que j’ressens, de ce que j’espère.
Pourquoi me taire pendant que les choses se passent ?
Que j’ai ou pas la moindre fibre d’écrivain,
Je n’ai pas peur d’écrire en vain.
Quand je chante mes pensées sans refrain,
Elle persiste la rengaine
Qui me cause tant de peine.
Tous ces gens qui me prennent pour l’ennemi
Toutes ces infamies qu’ils assènent.
Leurs insultes malmènent.
Trop d’inconnus pour nuire.
Rien ne peut me détruire.
J’préfère en rire.
Je ne serai pas le martyr d’une société qui ne cesse de s’enlaidir.
Alors je jette mes poèmes sur scène
Pour m’affranchir de toute pulsion d’aversion.
En toute modestie, sans prétention,
Sur le papier, sans atteindre un Verlaine,
Mais tout baigne !
J’ne perdrai pas haleine
Car j’ne tolère que le respect,
Que ceux qui en manquent soient un jour sauvés.
Il me semble que l’humanité n’a pas attendu le Concordia
Pour son naufrage.
Les gens se comportent comme des sauvages.
La courtoisie semble si absente.
J’verse une larme innocente,
Quand, comme pour d’autres, l’égoïsme me tente.
Ma seule richesse est de pouvoir la partager.
Que ceux qui pensent pouvoir me museler
Se mettent dans le derrière toute ma cordialité.
Pour ma part je ne saurais jamais tourner le dos
A mon souhait d’exister sans être aliéné,
J’veux vivre sans avoir l’impression d’en crever.
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